Les vins terrestres du pays quechua - Alpamanta - dégustation de vins argentins
11 oct.

Les vins terrestres du pays quechua - Alpamanta - dégustation de vins argentins

Les vins terrestres du pays quechua

Dégustation des vins argentins d'Alpamanta

vendredi 14 octobre 2016 à 19 heures 30

Soif d'ailleurs · 38, rue Pastourelle · 75003 Paris

                                                                            *

L’Argentine est géographique et extravagante. Une montagne ? C’est la plus haute d’Amérique. Une dépression ? C’est la plus basse du continent. Une avenue ? C’est la plus large du monde ; on mettrait deux Champs-Élysées dans l’avenida 9 de Julio, il faudrait à monsieur Bolt nettement plus de dix secondes pour la traverser. Et encore, quand il n'y a pas de trafic. Des glaciers ? Un tiers des réserves d’eau douce de la planète. Ils avancent de quatre mètres par jour. Une plaine ? Qu’à cela ne tienne, elle a la taille de la France.

Comment, devant tant d’exubérance, espérer des Argentins le sens de la mesure ? D’autant que plus d’un tiers de leur population est d’origine italienne, des gens bien connus pour leur quant-à-soi.  Je dis ça, je ne dis rien.

Après l’indépendance, comme souvent, une guerre civile. La leur dure soixante-dix ans, on ne saurait se contenter de moins. La vie politique en conserve une certaine tendance à la démesure.

Les présidents épousent des actrices qui, féministes et sociales, deviennent chef spirituel de la nation et meurent jeunes. Le deuil national dure trente jours, les funérailles seize. Le cortège funèbre, grandiose, suivi par deux millions de personnes, cause vingt-huit morts et trois cents blessés. Ce n’est pas trop pour clamer au monde la douleur de ce peuple à la retenue proverbiale.

Le journal parlé est avancé de cinq minutes pour coïncider avec l’heure de la mort. Le cadavre, embaumé, est exposé au siège du parti péroniste, puis enlevé par le dictateur Moori Koenig qui vient de fomenter un coup d’État, tradition nationale, et caché plusieurs mois dans une camionnette qui sillonne les rues de Buenos-Aires pour le soustraire à la convoitise des commandos des descamisados. Las de cette partie de cache-cache, Moori Koenig l’installe debout dans son bureau. La cohabitation devait être compliquée, car il en fait une dépression nerveuse et est remplacé par un autre militaire qui, avec la complicité du pape Pie XII, fait transporter le corps en Italie où il est enseveli sous un nom d’emprunt.

De sanglantes opérations de guérilla échouent à faire rapatrier la dépouille, interceptée en chemin par le président veuf et installée dans sa salle à manger d’exil à Madrid. Il fallut un quart de siècle avant qu’elle ne pût, enfin, reposer dans le caveau familial.

Avouons-le tout net : un Scandinave ne saurait avec la même pétulance installer des cadavres d’égéries politique dans un bureau dictatorial ou faire dîner ses convives sous les yeux de la momie de son épouse défunte. Il faut des nationalités plus baignées de soleil et de drames antiques. On voit par là que l’Argentin a su tirer tout le parti du flamboyant sens du tragique ibérique et de la luxuriance commediante transalpine.

Comment dès lors s’étonner du caractère affirmé des vins argentins ? Ils font pousser les vignes à des altitudes démentes – le vignoble le plus haut est à 3111 mètres d’altitude – et arrachent au sol aride du piémont andin des choses délectables.

Alpamanta a été fondé par trois amis, un Autrichien, un Suisse et un Français. Adeptes de la biodynamie. Le vignoble est quasiment au niveau de la mer, 950 m d’altitude seulement. Les vins sont étonnants. Élégants. Racés. Des vins de terroir, sans bois, ou alors joliment maîtrisé. Pas des vins d'ébéniste. Andrej Razumovsky, le fondateur d'Alpamanta - c'est l'Autrichien - , nous fait l'honneur de venir vous les présenter.

Ne les manquez pas, des vins avec un caractère aussi élégant, c'est vendredi, et c'est chez Soif d'ailleurs.

Participation aux frais, 15 euros.