Une géopolitique de la soif - dégustation des vins effervescents anglais d'Exton Park
4 oct.

Une géopolitique de la soif - dégustation des vins effervescents anglais d'Exton Park

                

Une géopolitique de la Soif

Dégustations des effervescents anglais d'Exton Park

Samedi 8 octobre 2016 à 18 heures

Soif d'ailleurs · 38, rue Pastourelle · 75003 Paris

Les Anglais font du champagne ? Quoi ? Ça n'est pas possible. Non, en effet, il n'y a de champagne que de Champagne. Mais ils font quelque chose qui y ressemble fort. Comment en est-on arrivé là ? Nous allons vous le révéler.

L’Anglais est perfide, têtu et invasif. Et pousse-la-soif.

Et figurez-vous que cela éclaire toute l’histoire de l’Europe. Les historiens sont gens classiques ; ils expliquent tout par l’irrédentisme, la querelle dynastique, les alliances, les mariages, l’avidité territoriale, l’appât du gain. Ils oublient la Soif. Car la Soif anglaise est terrible.

Il fut un temps où l’autochtone était insulaire, relativement tranquille et produisait du vin chez lui. Ça se passait plutôt bien ; en 1080, le Domesday Book, grand recensement de l’Angleterre mené pour Guillaume le Conquérant, atteste l’existence d’une quarantaine de vignobles, jusque dans les Midlands. L’Anglais s’abreuvait donc, heureux, de piquette indigène.

Las, c’est le début du petit âge glaciaire, et il n’y a plus que la Guyenne pour leur fournir leur jinjin. Ils s’y accrochent ; c’est la guerre de Cent-Ans ; un siècle de chamailleries entre les Valois et les Plantagenêt. Tous ces massacres pour leur vin clairet. Des éponges, vous dis-je.

Ils ont perdu la Guyenne, mais ont continué à biberonner du bordeaux pendant plusieurs siècles, dans un calme relatif. Quelques échauffourées quand un potentat local menaçait quelque barrique, rien d’importance. Mais le malheureux Charles II d’Espagne, syphilitique de naissance, épileptique, consanguin, stérile, lègue son royaume au duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV.

Un seul héritier pour la France et l’Espagne ? Tout ce pinard sous une seule couronne ? Le reste de l’Europe de l’entend pas de cette oreille et prend les armes. Plus de clairet pour les Anglais. Lord Methuen, paniqué, signe le traité de commerce qui porte son nom : l’Angleterre pourra désormais se murger au porto, au xérès, au madère. Elle ne s’en privera pas. Les Bourbon règnent en Espagne, mais Albion règne sur le porto.

Et puis Napoléon… Pourquoi tout s’est-il envenimé entre l’Angleterre et Napoléon ? Mais parce qu’il a fait main basse sur tout le vignoble européen, pardi ! Plus de bordeaux, plus de chianti, plus de riesling ; adieu xérès, adieu porto. Le vin de Madère et des Açores ne suffit pas. Et c’est Trafalgar, et c’est Waterloo. La Grande Soif menaçait le peuple britannique !

L’Entente cordiale marque le déclin de la production anglaise : c’est la facilité, le Haut-Brion coule à flots, le clairet arrive en Angleterre, le xérès et le porto ne connaissent pas de barrière. L’Anglais en devient négligent : le phylloxéra, le mildiou et Lord Palmerston achèvent le vignoble.

Plus de vin national, ils n’ont plus de recours, pour tenir la Soif à distance, ils adhèrent à l’Union européenne. Un peu à contrecœur, mais que ne ferait-on lorsque menace la Soif ?

D’ailleurs, ils travaillaient dans l’ombre. Ils plantaient, essayaient, vinifiaient, champagnisaient. Et que croyez-vous qu’il arriva lorsqu’ils virent qu’ils pouvaient rebâtir une production nationale ? Eh oui. Le Brexit. Ne cherchez pas plus loin.

Car non contents de produire à nouveau du vin, ils le font bien. Le même terroir qu’en Champagne, un climat légèrement plus frais, les mêmes cépages… Cela donne de grands effervescents, au point que même Buckingham Palace a renoncé aux bulles françaises et se fournit dans le Sussex.

Nous vous proposons de venir goûter tout cela. Corinne Seely officie à Exton Park, dans le parc national des South Downs, Hampshire. Elle produit des vins effervescents vifs, élégants, légers. Et elle les fait goûter. C’est samedi à partir de 18 heures et c’est chez Soif d’ailleurs.