Vins sud-africains et prédestination
13 sept.

Vins sud-africains et prédestination

Les vins sud africains du domaine Hermanuspietersfontein
Au bout du bout de l'Afrique

Soif d'ailleurs
38, rue Pastourelle
75003 Paris

Vendredi 16 septembre 2016 de 19 heures à 21 heures

L’Afrique du Sud, c’était calme. Il y a trois millions d’années, les Australopithèques y vivaient paisiblement, à peine dérangés par des bêtes atrocement venimeuses ou horriblement griffues. Ils sont devenus bochimans ou khoïkoïs avant d’être rejoints par des Bantous venu du Niger. Ils buvaient de l’eau, la vigne était inconnue en ces contrées.

Les Portugais ont ensuite inventé le cap des Tempêtes, futur cap de Bonne-Espérance, mais ne faisaient que passer, le vin restait dans les bateaux.

C’est après que tout s’est compliqué. La vigne est arrivée avec les Hollandais et les huguenots français fuyant la révocation de l’édit de Nantes, soufflée par l’horrible veuve Scarron épouse Bourbon. Le premier vin est produit en 1659. On a beau parler de vins du Nouveau Monde, la tradition est ancienne...

Et la viticulture s’est développée dans les soubresauts de l’Histoire. La réputation du vin sud-africain a atteint Albion, perfide et soiffarde. Les Anglais s’installent au Cap pour barrer la route à la France. Dans le tableau manquent aussi les Zoulous. Comment oublier les Zoulous ?

Tout ceci se passe évidemment dans la plus parfaite des harmonies. Les Bantous se chamaillent avec les Boers, ce sont les neuf guerres cafres, rien moins. De l’autre côté, ces mêmes Bantous se font écrabouiller par les Zoulous et fuient. C’est le Grand Dérangement. Les Anglais administrent et abolissent l’esclavage, les Boers ne sont pas d’accord et se réfugient à l’intérieur des terres, c’est le Grand Trek. Ils écrasent les Zoulous au passage.

Des morceaux de tout cela deviennent indépendants, puis sont réannexés par l’Angleterre ; les Xhosas succombent à une prophétie millénariste, ça permet de donner les terres aux Allemands, tiens donc, il ne manquait plus qu’eux. On trouve des diamants, ça ne calme pas les pensées irrédentistes des Anglais. Les Zoulous ne sont pas contents, c’est la guerre anglo-zouloue ; les Anglais s’en retrouvent trop près des terres des Boers, qui ne l’entendent pas de cette oreille. C’est la première guerre des Boers.

On trouve de l’or. Beaucoup d’or. Cela fait éclater une grande crise boursière, puis une nouvelle guerre des Boers, la seconde. Ils la perdent et se retrouvent dans des camps de concentration. Suivent les convulsions de l’indépendance, la Première Guerre mondiale, les révoltes ouvrières, l’apartheid, les sanctions, l’isolation. Tout cela ne s’est normalisé que très récemment, en fin de compte.

Mais entre massacre et crise boursière, entre révoltes et carnages, boycotts et embargos, les vignerons vigneronnaient. Modestement, le marché national était maigre et le marché international fermé. Après la fin de l’apartheid, boycott levé, le vin sud-africain, négligé, a opéré un redressement spectaculaire. On y trouve désormais des vins parmi les meilleurs de la planète.

À 50 km du cap des Aiguilles, extrême sud de l’Afrique, le domaine Hermanuspietersfointein, nommé en l’honneur de Hermanus Pieters, l’instituteur que l’on payait en moutons, produit sous l’appellation Sondagskloof, des vins rares et élégants, bercé par les vents frais de deux océans et nourris des sols d’argile et de calcaire.

Et le vigneron s’appelle Wilhelm Pienaar. Si avec un nom pareil, on ne réussit pas des vins exceptionnels, c’est à désespérer de la prédestination.

Participation aux frais, 15 euros