Des appellations de vin · chapitre 2

Écrit par: Nicolas Fouilleroux DipWSET Dans: Vins et vignobles Le: Commentaire: 0 Consulté : 43

Poursuivons ici les remarques et réflexions sur le sujet des appellations et indications géographiques protégées.

On l'a noté dans le premier chapitre, il est très difficile de concevoir une unité de goût parmi tous les vins portant la même appellation, a fortiori quand la zone géographique est étendue, mais également dans une aire communale. Oui, en mentionnant Chablis, on parle de quelques communes autour du village principal, mais pas de l'Yonne en entier. Et pourtant, que de différences !

Est-ce que pour autant les comités d'agrément qui régissent l'attribution des A.O.C. et A.O.P. en France devraient ériger un goût standardisé pour un type de vin en vue de de créer une valeur refuge rassurante pour le consommateur ? Voyez cette étiquette de vin du Douro au Portugal ci-dessus, elle aurait toute chance de ne pas pouvoir obtenir cette appellation dans notre Hexagone aux cahiers des charges rigides. En effet, en utilisant le sémillon comme cépage et en produisant un liquoreux à la manière des producteurs de Sauternes et Barsac, les producteurs de Grandjó s'éloignent grandement de l'idée commune des vins du Douro D.O.C., on leur dirait d'aller se faire voir en I.G.P.

Pourtant en quoi est-ce gênant, puisque la contre-étiquette explique la démarche du producteur et en trois langues ? Personne n'est trompé sur la marchandise et on apprend au passage qu'il est possible de produire ce genre de liquoreux dans une région prestigieuse du Portugal, à la plus vieille appellation contrôlée de l'histoire !

Producteur exigeant du Beaujolais, Jean-Paul Brun a déclaré :  « La qualité est le résultat de bonnes décisions prises par de bons vignerons ; elle ne vient pas de ce que l’association des producteurs en fait un objectif pour toute l’appellation ». Moi qui ne souhaitais pas faire de polémique, on voit que manier des citations reste délicat sur ce sujet. Pourtant, j'ai évité le sujet des vins sans soufre ajouté.

La décision d'un David Sazi de mettre les bouchées doubles pour créer une gamme de vins de Buzet de qualité est donc à saluer, puisqu'il n'a pas décidé de naviguer sous la bannière "vin de France", hors A.O.C., ce dont se plaignait amèrement M. Piton dans l'interview. L'A.O.C. Buzet qui souffre d'une image déplorable de petit vin de rayon de grande surface et dont la plupart des vignerons peinent à gagner décemment leur pain a besoin de telles initiatives et elle n'est pas du tout la seule. Quel magazine spécialisé, quel caviste vante haut et fort les qualités des Buzet A.O.C. ? Pour autant, il faut aller goûter, il ne faut pas chanter avec la foule la malédiction de la clairette de Die ou du Buzet ou pire de tout le vignoble nord-américain...

En Italie, puisqu'on cite le Beaujolais, il y a une appellation qui souffre aussi de cette image écornée, particulièrement accusée de produire des rouges légers sans âme, je veux parler du Valpolicella D.O.C. La première marche de l'appellation entendons-nous, car les Italiens font aussi compliqué que les Français, avec l'appellation Classico, puis d'autres styles de Valpolicella, mais là restons sur le Valpolicella D.O.C., en Vénétie, près de Vérone. En choisissant un Valpolicella D.O.C. pour Soif d'ailleurs, il a bien fallu sélectionner scrupuleusement, et ne pas simplement tomber dans le pas cher ennuyeux. En s'arrêtant sur une cuvée de sélection de grains issue d'un millésime avec un peu d'âge de la Tenuta Sant'Antonio, nous avons placé le curseur plus haut que n'importe quel revendeur classique de cette famille de vins. Mais quelle belle façon de se réconcilier avec cette appellation pour ceux qui la fuyaient ! Là encore, une preuve qu'un bon domaine peut changer la donne.

La suite au prochain chapitre.

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