Comité de sélection

Écrit par: Mathieu Wehrung Dans: La vie comme elle va Le: Commentaire: 0 Consulté : 192

Sisyphe n'était qu'un rigolo, les Danaïdes des amatrices.

Chercheur de vin, chercheur d'or.

Nous avons plus de six cents vins en boutique. Avec les référence qui ne sont pas là tout le temps, celles qui attendent le prochain millésime, celles uqi ne sont plus là mais qui reviendront peut-être un jour, nous avons sélectionné plus de neuf cents. C’est beaucoup.

Mais au fait, combien a-t-il fallu en goûter pour arriver à cette sélection ? J’ai essayé de faire le compte, aidé de mes carnets de notes des cinq dernières années. Souvent, j’ai eu du mal à relire mes gribouillis, Champollion, où es-tu quand on a besoin de toi ?

J’ai reconstitué ce parcours du combattant. Entre six mille cinq cents et sept mille vins dégustés. Une bouteille retenue sur dix goûtées, à peu de choses près. Deux hectolitres et demi crachés. Plus de cinq cents heures à verser, humer, goûter, gargouiller, claper, mastiquer du liquide avec des mines de poisson rouge halluciné.  Une journée entière, vingt-quatre heures d’une vie, passée à cracher.

Au début, c’est plus facile. Le sommelier fait une sélection. Il suffit de donner son avis, peu de recalés, le cœur de la collection tient. Les indispensables sont là, on sait où les trouver et comment les faire arriver.

Après, ça se complique inexorablement. La collection de Soif d’ailleurs est le fruit du travail est de l’exigence. Nous l’améliorons sans cesse, mais il est de plus en plus difficile d’y entrer. Tous ces vins, nous les avons choisis, nous les aimons. Un autre candidat, et il faut faire de la place. Nous pourrions pousser les murs, mais Frédo-la-Pintade, le nuisible de compétition de l’immeuble, verrait ça d’un mauvais œil. Alors il faut arbitrer. Et goûter, encore et toujours.

Alors nous goûtons. Encore et encore. Nous jugeons. Miam, beurke, ouaouh, pouah, diable, rhââââ, hargrumph, sgrumbl ; et ponctuons le tout d’une moue enthousiaste ou désapprobatrice.

Plus souvent désapprobatrice qu’enthousiaste, du reste. Faut-il en goûter, des horreurs ! Chercheur d’or, à côté, c’est une sinécure. Voici un mois, nous en avons goûté cinquante dans la semaine.  Pour en retenir trois.

Nicolas, qui est obsessionnel, a à coeur la satisfaction et la distraction du client. Nous débordons d'échantillons, de nouveaux arrivent, il faut goûter les millésimes plus récents, , 

Plutôt que de continuer à goûter ça en Suisses, nous avons décidé d’en faire de petits événements. Des groupes toujours très sympathiques. Tenez, à un récent d'entre eux, il y avait des Japonais, des Italiens, un Roumain, une Argentine, un Alsacien, un Portugais, une Allemande, un Réunionnais, une Picarde et même, le croirez-vous, un Parisien. Entre autres.

Et nous avons goûté. Dix vins. Quatre heures. Les bouteilles étaient masquées, bien sûr.

On nous avait tendu un piège.

Le Roumain et l’Argentine, filous, avaient glissé leur vin, déjà dans la sélection de Soif d’ailleurs, dans les échantillons. C’est retors, presque pervers. Heureusement, je n’en ai dit que du bien.

Et parfois, il y a des surprises. Là, sous les yeux de notre expert, Moloch von Grosspipi, quelques bouteilles. Parmi elles, un vin de haute réputation d'un grand pays viticole. Nous l'avons trouvé épouvantable, un goût de caoutchouc brûlé, trop extrait, boisé à l'excès. Deux merveilles, inattendues : un riesling polonais et, je vous le donne en mille, un durif de Thaïlande.

Nous n'avons pas fini de nous, de vous étonner.

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