La méditerranée est liquide et parfumée

Écrit par: Mathieu Wehrung Dans: Vins et vignobles Le: Commentaire: 0 Consulté : 424

Le premier novembre, c’est la Toussaint. L’Église catholique fête tous ses saints, connus ou inconnus. Grégoire III en a décidé ainsi, probablement parce que l’Église, en Angleterre, célébrait les saints le jour de Samain, la fête celtique qui célébrait le début de la saison sombre. Une espèce de passage à l’heure d’hiver, en somme.

Puisqu’il faut célébrer des saints, honorons saint Vincent de Saragosse. Après un martyre horrible, il a été éparpillé. On en trouve des vertèbres à Besançon, le bras droit et l’étole à l’abbaye de Sainte-Croix-Saint-Vincent, désormais Saint-Germain-des-Prés, un autre bras droit à Vitry-le-François. Son cœur a été détruit par les calvinistes, sa tête a été perdue par des sans-soin de la Révolution. Inutile de songer à reconstituer le puzzle.

C’est, pour une raison mal élucidée, le saint patron des vignerons, À ce titre, il mérite libations.

Le 1er novembre, il convient donc de combattre l’obscurité et de célébrer un saint oenologique. Quoi de mieux pour cela que des vins grecs gorgés de lumière ?

La Grèce antique était extrêmement viticole. Le vin était important, littéraire, thérapeutique, rituel. Les cyclopes ivres se faisaient avoir par des jeux de mots lamentables, on trinquait pour sceller des contrats, l’habitude en est restée.

En février, c’était la fête de l’anthesteria : on ouvrait les jarres pour tester le vin nouveau. Protopon, deuterios, stempholite, vins de Kos, tout coulait à flots. Les dieux ne dessaoulaient pas, les mortels se murgeaient en permanence. Le paracétamol allait encore attendre deux millénaires pour apparaître, aussi Athénée recommandait-il du jus de poisson salé contre la toxémie alcoolique résiduelle. Les Allemands en ont hérité le rollmops et la bière au petit déjeuner pour soigner la gueule de bois. C’est peut-être pour cela qu’ils en veulent tant au peuple grec.

Hésiode vitupérait la gourde en peau de chèvre, qui donnait un goût désagréable aux plus beaux nectars. Théophraste expliquait l’importance du terroir, la période classique répandait la viticulture de la mer Noire à l’Hispanie. Résumons-nous : la Grèce apportait au monde la civilisation du vin.

On l’a trop oublié. On dit vin grec, on pense térébenthine. C’est mal. Soif d’ailleurs est là pour démentir. Avec Vladis Sklavos, Yannis Economou, Panagiotis Papagianopoulos et Haridimos Hatzidakis. Vous en conviendrez, quand on a des noms pareils, on ne saurait faire des vins ordinaires.

Aussi vont-ils nous faire goûter des vins extraordinaires. De Naoussa au Pélopponèse, de Céphalonie à la Crète, des rouges lumineux, des blancs éblouissants. À Santorin, les vignes poussent en nid sur la route du magnifique monastère du prophète Élie. On y trouve de tout : des reliques des saints Georges, Démètre, Arsène de Paros, Minas, Pantéleimon, Grégoire de Naziance, Marine, Jean Chrysostome. Vous aviez égaré le doigt de saint Basile, ne cherchez plus. Ces boules noires ? Des boulettes du sang des enfants massacrés par le roi Hérode. N’oublions pas le fragment de la Vraie Croix et ni le roseau du Christ. C’est à l’ombre de ce bric-à-brac de l’Histoire que ces vignes pluricentenaires donnent au compte-gouttes des nectars arrachés au volcan.

Quoi de mieux, donc, pour célébrer saint Vincent et pour appeler la lumière ?

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