La Nouvelle-Zélande est-elle helvétique ? · Hans Family Estate

Écrit par: Mathieu Wehrung Dans: Vins et vignobles Le: Commentaire: 0 Consulté : 293

Au centre de l’Europe, je le disais dans un autre article, ce ne sont que glaciers majestueux, pics altiers, neiges éternelles, lacs étincelants, chocolat, banques, parlers gutturaux, cliquetis horlogers et coutumes étranges. Les habitants de ce pays percent leurs montagnes avec un enthousiasme suspect et détestent les pommes qu’ils saccagent à coups de carreaux d’arbalète.

De l'autre côté du monde, on retrouve sans peine glaciers majestueux, pics altiers, neiges éternelles, lacs étincelants et coutumes étranges. Mais ça cliquète moins, le parler est nettement moins guttural et la pomme est nettement moins méprisée. Et il y a nettement plus d'océan. 

De l'autre côté du monde, donc, c'est la Nouvelle-Zélande. C’est loin, si loin que c’est le dernier territoire à avoir été peuplé par les hommes. On y trouve les plus belles choses. Un apiculteur escalade, le premier, la plus haute montagne du monde, un fils d’agriculteurs désintègre l’atome et repose auprès de Newton et de Kelvin dans l’abbaye de Westminster. Il y a plein de messieurs massifs  qui font des danses menaçantes avant de se jeter sur des ballons ovales. Une myriade  d’oiseaux qui ne savent pas voler, des espèces de cafards plus gros qu’un moineau, des perroquets terriblement effrontés qui se nourrissent de balais d’essuie-glaces.

Les paysages y sont si grandioses que Hollywood les a peuplés d’elfes, de trolls, de hobbits, tant et si bien qu’il a fallu créer un ministère exprès pour eux : le ministre de l’énergie Peter Hodgson a été nommé ministre responsable du Seigneur des Anneaux. C’est ce qui manque à nos pays trop sages : un ministre du Gollum, tout se passerait bien mieux si des ministres étaient chargés de Gollum, ça les occuperait.

Et on fait du vin. À Taumatawhakatangihangakoauauotamateaturapukakapikimaungahoronukupokaiwhenuakitanatahu, dans la région de Hawke’s Bay, et ailleurs.

Ailleurs, c’est, entre autres, à Marlborough. Hans et Therese Herzog ont quitté leur Suisse natale. Peut-être préféraient-ils les chants maoris au yodel, peut-être la faune locale était-elle trop uniforme. Les cafards n’y pèsent pas trois tonnes et les oiseaux volent ; les bouquetins dédaignent les pièces détachées d’automobile,  tout cela est très ennuyeux.

Mais surtout, ils rêvaient de faire du vin. Avec tous les cépages que leur interdisait le rude climat alpin. Le chardonnay s’épanouit mal dans les neiges éternelles, le viognier aime peu les glaciers, le montepulciano ne s’accommode que malaisément des  brumes persistantes.

À côté de la Wairau, ils ont trouvé un terroir unique, un microclimat parfait, des sols magnifiques, un Éden de la vigne. Ils y font tout pousser. Un vrai conservatoire. Du zweigelt et de la roussanne, de l’arneis et du riesling, du montepulciano et du nebbiolo, vous n’avez que l’embarras du choix. Nous essayons de goûter leur saperavi. Un saperavi de Nouvelle-Zélande, il fallait bien ça à Soif d'ailleurs !

Les rendements sont sévèrement jugulés, les vignes cultivées en biodynamie avec un soin jaloux. Ces vins d’orfèvre sont des vins rares. Les sept hectares n’enfantent que 18 000 bouteilles par an.

C’est du cousu main. Les antipodes ne vous feront jamais rien goûter de plus étonnant, de plus éblouissant, de plus émouvant.

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