Saumur pas ne sauteras, future of Wine Master

Écrit par: Nicolas Fouilleroux DipWSET Dans: Au pays des apprentis master of wine Le: Commentaire: 0 Consulté : 84

Le second épisode de l'excursion studieuse en Loire de quelques étudiants lève-tôt. Direction Saumur, ou plus exactement Chaintres. Nous quittons donc l'Anjou, par les petites routes, non loin du Layon et profitons du soleil généreux en cette fin d'octobre.

Nous avions rendez-vous grâce à Daniel Henderson au château de Chaintres, propriété viticole remarquable par son petit château d'époque Louis XIII et son vignoble ceint de murs d'un seul tenant, planté de cabernet franc et de chenin blanc.

M. de Tigny le propriétaire, sa fille Elisabeth et Jean-Philippe, l'homme des vignes et du chai, nous reçurent magnifiquement et nous consacrèrent le temps nécessaire pour la bonne compréhension de leur travail au domaine. C'était dès l'entrée dans les vignes un réel plaisir de découvrir le découpage des sols et des parcelles à l'intérieur du clos. Pas moins de huit types de sols et presque autant de microclimats !

Voici un sol bien différent de celui des parcelles de La Gauterie en Anjou (éode précédent), ici, davantage de sables et de limons, même si de la craie altérée affleure. Bien meilleure terre à rouges si l'on se souvient de la remarque de notre consultant en Anjou. Ici on choisira un porte-greffe de vigueur faible et on fera attention à l'enherbement, à bien maîtriser et à ne pas systématiser. Certaines vignes, notamment sur les sols argilo-calcaires, ne réagissent pas forcément bien à cette concurrence.

Vous l'aurez compris, on se penche sérieusement sur son vignoble au château de Chaintres. Le virage pour une viticulture biologique a été pris il y a déjà plusieurs années et le label Ecocert a été introduit en 2010. Jean-Philippe apporte sa connaissance de la biodynamie en privilégiant la prophylaxie et en ne brusquant jamais le végétal dans sa lutte contre les agressions naturelles.

On m'autorise à goûter un grappillon laissé sur la vigne, mmm...que c'est savoureux, quel équilibre entre sucre et acidité ! Dommage que le gel d'avril 2017 a réduit les rendements de façon dramatique. C'est la deuxième année de suite que le domaine perd plus de la moitié de sa récolte et produire du rouge avec des vignes qui ont subi un gel printanier est un défi presque insurmontable tellement la maturation sera chamboulée arrivé à l'automne. Espérons très sincèrement un millésime 2018 plus clément pour eux.

Après tout ce soleil, pourquoi ne pas se laisser conter l'histoire du domaine par M. de Tigny dans ses magnifiques caves de tuffeau, idéales pour conserver le vin et se réfugier pour jouer aux cartes en plein été. Passionnant d'entendre les récits des vendanges d'après-guerre, avec les chevaux, les hottes, le pressoir à vis, les efforts et la fête qui suivait. Évidemment, aujourd'hui, on ne fait plus le travail de vinification dans ces caves qui recèlent davantage de vieux trésors, comme ce blanc au cépage non identifié de 1947.

Dans le chai moderne aujourd'hui, c'est plutôt automatisé mais dans le respect du raisin, en jouant avec la gravité comme ici.

On nous fait déguster la cuvée Vieilles vignes qui n'a pas encore fait sa fermentation malolactique et qui n'a pas été soufrée non plus. Quelle fraîcheur, et notez la couleur chers amis.

Comparez donc avec ceci, tiré du fond du tuffeau :

Même cépage, même parcelle, plus ou moins les mêmes vignes, mais 47 ans d'écart. Incroyable tenue pour ce Saumur-Champigny 1970, alors même qu'on nous confie qu'à cette époque on frisait les 90 hl par hectare en rendement ! Quand aujourd'hui cela se situe vers 35 hl par hectare pour le ­­­même vin, enfin, même.. Qui aurait deviné goûter un vin aussi ancien issu d'un haut rendement en goûtant ce cabernet franc de 1970 ? Le vin nous surprendra toujours et a surpris tout le monde ce jour-là d'ailleurs, c'était un beau moment.

On produit aussi du crémant de Loire au Château, nous avons pu goûter le blanc de noirs, 100 % cabernet franc donc, tout à fait convaincant. Les gyropalettes, là encore, remplacent les mains de M. de Tigny pour le remuage. 

Le chenin blanc du bas du clos nous fait fort belle impression également, Jean-Philippe nous précise en passant que le chenin donne plus de tanins que le cabernet franc, qu'on le sent d'ailleurs très vite si on laisse la macération se prolonger. Dans cet extrait de 2017, on sent la dragée, le pamplemousse, on trouve une belle amertume, des notes de citron vert en finale et justement une empreinte tannique.

Qu'il était difficile de savoir avec quoi repartir, car M. de Tigny, dans sa grande générosité, nous ouvrit entre autres 1995 et 1989 en rouge, le dernier issu de vin de presse ayant gardé une trame tannique impressionnante malgré son âge ! Encore de quoi se remettre les idées en place. Great day in the Loire, definitely !

Dans la même catégorie

Associé par tags

Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre