Un bagagiste maladroit y a contribué. Au retour de Lisbonne, il y a déjà quelques années, on m’a rendu une valise pleine d’éclats de verre, toute dégouttante de quelques-uns de ces admirables nectars indigènes dont je me promettais mille bonheurs partagés. On m’avait bien dit que douze bouteilles, c’était trop, je n’avais rien voulu entendre.

Deux rescapées. Dont une bouchonnée, c’était bien ma veine. Seule survivante de cet éprouvant désastre, je vous le donne en mille, la moins chère, évidemment. La loi de Murphy s’applique au transport de vin.

La valise, un carnage. Les cadavres démembrés de toutes ces belles bouteilles inconnues du palais et du nez parisiens, en triste état, tessons et odeur de vinasse. Ce colares, par exemple. Il y a fort à parier que peu d’entre vous en ont entendu parler. Minuscule région viticole proche de Lisbonne, à Sintra, entre l’improbable château de la Pena et l’océan Atlantique, c’est la vraie patrie du vin de sable, fruit d’une tradition presque millénaire et des plus vieilles vignes du Portugal.

En 1255, Afonso III était le maître de ce royaume rude. Malcommode personnage, il avait avec l’aide de Rome ravi la couronne à son frère avant de tant agacer Sa complice Sainteté qu’il se fit excommunier. Autant dire qu’on avait intérêt à filer doux. La vigne aussi, qu’il obligea à pousser dans son domaine de Colares, terre si hostile qu’il fallait, comme aujourd’hui encore, la protéger de l’âpre vent marin à l’aide de palissades de roseaux ou de murs en pierre sèche. Si hostile, aussi, que l’affreux phylloxéra lui-même n’y trouva pas goût. Le cépage ramisco y survécut ainsi, venu de temps antiques, et nous donne de grands rouges de garde, magnifique alliance de légèreté et de puissants tanins ; ils sont obscurs, fruités, suggestifs.

C’est une terre particulière. Si magnétique que les avions l’évitent, les instruments s’y trouvent faussés. C’est aussi la plus occidentale d’Europe continentale : la serra de Sintra, massive, ferreuse, granitique, plonge dans l’Atlantique au cabo da Roca. Il est impossible d’aller plus loin à l’ouest sans se mouiller.

Tout comme il était impossible, à Paris, de connaître ce vin géographique, sorti d’une terre aimantée battue par l’océan où, par le caprice d’un roi, des cépages rescapés survivent aux siècles à l’abri de roseaux et de murets de rocaille. C'était dommage.

Car, tout de même, c’est intéressant, vous ne trouvez pas ?

Il fallait que cela change. Soif d'ailleurs est là pour ça.

Nous allons tout vous raconter, et plus encore. Nous vous dirons la vigne lointaine et l’aventure des hommes. Vous goûterez ; vous verrez. Avec l'humagne vous serez en Suisse, avec l’arvine, sur ses glaciers. Le furmint vous montrera les grandes plaines d’Europe centrale, le koshu le mont Fuji. Vous verrez le raisin d’ici, le cépage de là-bas, le même, et pourtant tout autre. Le vin du volcan, le vin de la puszta, le vin de l’ardoise et le vin de la mer. Le vin de la brume, le vin de la steppe. Le vin des hommes dans leur diversité. Tant de vins différents. Innombrables. Inconnus. Si peu d’endroits où les faire découvrir.

Eh bien, chez nous, à Soif d'ailleurs. Tous ces breuvages y ont trouvé un cadre digne de vous, sobre et chaleureux. 

La sélection est unique. précise, rigoureuse, talentueuse.  Nous les avons choisis, nous saurons vous les conseiller, vous les raconter. Vous les goûterez.

Alors, il sera temps de leur laisser la parole.